Chiara Barison, une immigré italienne devenue star de la télé sénégalaise

Œuvre d’art Barkinado Bocoum

Chiara Barison ou l’immigration en sens inverse

Chiara Barison est née et a grandie en Italie. Sénégalaise d’adoption comme elle aime le dire, notre animatrice nationale est docteur en politique transfrontalière et spécialisée en communication.

Contre toute attente, alors que la majorité des jeunes migrent vers l’Europe au péril de leurs vies, Chiara, elle a décidé de faire l’inverse et de venir s’installer au Sénégal.
Elle est Mme Ndiaye, aime la culture sénégalaise.

 Elle s’habille chez les designers locaux admire le côté social de la population, et adule ses femmes battantes telles que Marie Angelique Savané et Diakhoumba Gassama.

Chiara et le made in Senegal

Ses chanteurs préférés.

Femme : Ngoné Ndiaye Gueweul

Homme : Chiara est fan numéro un de Pape Diouf et de Matador.

Son restaurant de prédilection :  Ciao Italia

Son plat fétiche : le mbakhal, parce qu’il est proche  du risotto.

Styliste coup de coeur : Selly Raby Kane.

Elle est fan de sa vision particulière et afrofuturiste.

Elle adore ses boubous, ses “thiayas”  et ses grosses ceintures.

Son coiffeur :  Seydou, le coiffeur du coin.

Ses coups de cœur made in Sénégal.

Maquillage : Mado de la TFM

Chaussures : Momo le Bottier

Sac : Franchesca Maroquinerie de luxe

Spot préferé : Pullman

Si elle n’est pas en Sicile, elle passe  noël avec sa communauté dans son restaurant préféré, Ciao Italie.

Qu’est ce que la réussite pour toi?

Une expérience personnelle inspirante des acteurs locaux, tels que Fatou Kiné Diop de la e-tontine et Hamidou Anne

Leurs succès met en évidence l’existence d’une Afrique dynamique qui sert d’exemple aux générations future.

Sa petite histoire avec Sénégal

Pour elle, le sénégalais de la diaspora représente le premier ambassadeur de son pays.
En 2001, une rencontre avec des amis sénégalais en France a déclenché en elle une folle envie de découvrir ce pays tant vanté par ses amis.
A l’époque, ils étaient comme beaucoup d’européens qui n’ont pas une grande connaissance du continent africain. Curieuse et aventurière dans l’âme, elle fit ses valises en direction pour le Sénégal. Arrivée dans un monde très différent de l’idée qu’elle avait de l’Afrique elle fut sincèrement éblouie par dynamisme, la chaleur, la vivacité des habitants. Elle décida alors d’orienter ses recherches en doctorat sur la question de la transmigration sénégalaise. Elle a été à Londres, puis a étudié en France.

À l’âge de 30 ans, ses recherches doctorales lui ont été un excellent prétexte pour justifier ses voyages entre les deux pays avant qu’elle se décide à rester pour de bon.
Ses parents l’ont très mal pris au début. Car, en Italie, ils sont très attachés à la famille. Et puis, c’était fou de vouloir migrer en Afrique là où les africain cherchaient tous à venir en Europe, lui disait sa mère.
Elle tint tête à sa mère en s’accrochant à son rêve.

Sa vie d’immigré italienne

Chiara à la télévision sénégalaise
Son histoire avec la télé est liée à ses rencontres académiques. En particulier son ami sénégalais et physicien nucléaire à l’UCAD lui a suggéré de partager son point de vue en tant qu’étrangère, sur les migrations ainsi que sur différentes facettes de la société.
Alors elle a créé un blog en italien dont le titre «Dakarilicious » avait pour vocation de présenter une image positive de l’Afrique et de freiner les stéréotypes.
A partir du Sénégal, Chiara a cherché à partager son vécu positif à travers son regard d’émigrée.
A l’époque, ses écrits étaient très provocateurs, et son blog était très fréquenté par les lecteurs. Son blog a créé une énorme polémique en Italie en provoquant des débats houleux autour de la migration. C’était pour la jeune doctorante, le meilleur moyen de mettre tout le monde face à leurs idées reçues et bien superficielles par rapport à la réalité et au quotidien des Sénégalais d’ici et d’Italie.
Les thèmes qu’elle soulevait parlaient aussi de la polygamie des modou modou avec les européennes. Elle évoquait les difficultés que rencontraient les épouses de modou-modou restées au pays. La plupart de ces dernières vivent un calvaire quotidien dans la vie avec la belle famille. Cela lui a également attiré la foudre du côté des Sénégalais de l’extérieur.

Chiara et le mysticisme Sénégalais

Mais elle ne s’est pas arrêté là, sa curiosité lui a fait pousser le bouchon vers la quête du mystérieux en  traitant le thème du ndeupp et de la lecture des cauris.
Car, dit-elle, il  y’a toute une histoire anthropologique derrière le cauris.
La lecture des cauris traduit tout un langage et touche toutes sortes d’arguments mystiques ou mystérieux.

Pour elle, c’est l’interprétation des messages derrière chaque position qui rend cette pratique fascinante.
Elle confie : « En tant que migrante, les cauris m’ont en quelques sortes aidé à supporter ma différence dans la diversité ».
L’écriture, les cauris et son adaptation à la culture sénégalaise, l’ont aidé à se libérer pendant les moments de difficultés qu’elle a eu à traverser.

Le Ndeupp : en Italie, on y croit au mysticisme et aux esprits

La rubrique du ndeupp a eu beaucoup de succès également avec la venue d’une prêtresse de ndeupp sur le plateau.
Les gens ont peur du ndeupp soit parce qu’ils n’en connaissent pas vraiment le sens, soit parce que c’est une pratique qui tire ses racine de l’animiste.
Pourtant, le ndeupp est bien connu en médecine pour les recherches liées à la psychiatrie, particulièrement aux USA. Il permet de réintégrer le malade isolé dans une communauté.
Nous dans le sud de l’Italie, en Sicile, on croit à tout ce qui est mystique. Ma grand-mère m’appelle souvent pour me dire de faire attention à telle ou telle qu’elle a vu en rêve.

Il y’a beaucoup de similitudes entre notre culture et le thiatt sénégalais

Comment êtes-vous arrivé à la télé?

De son blog, est né le livre que s’intitule « Lettre du Sénégal ».
Du Doctorat, au blog. Du blog, à la télé ?
Après avoir crée un débat sur la migration, écrit un livre, eu des séances de discussions avec des amis, des immigrés du sénégal et de l’Italie, elle éprouvait un pressant besoin de passer à un niveau supérieur. Ainsi donc, elle s’est mise en tête de toucher une audience plus large grâce à la télé.
Et dans son entêtement, elle a fait le panorama des télévisions et porté son  choix sur la première la télé de la diaspora: la TFM.

Ma rencontre avec Bouba Ndour…

Audacieuse, Chiara est partie directement à la télé, sans rendez-vous.

La première personne qu’elle a rencontré l’a simplement éconduit.

Qui pensait être cette personne qui voulait voir le grand parton ex-nihilo? Dépitée, elle s’apprêtait à rebrousser chemin quand le destin poussa la porte du bâtiment, laissant apparaître the Big Boss, Bouba Ndour en personne. Destin, hasard ou chance ? Toujours est-il qu’elle a saisi l’opportunité au vol et a pu décrocher un rendez-vous.

Voià, en quelques seconde, ce qui lui a permis d’occuper son poste actuel.

Cela a du être risqué pour l’équipe de prendre la décision et de relever le défi de de travailler avec une européenne. Parce qu’aujourd’hui, il y a une politique générale qui veut justement que les sénégalais se réapproprient de leur culture.
Et donc, mettre devant la scène une blanche, ça pouvait être ouvert à des critiques.
Heureusement, le public Sénégalais ma immédiatement adopté.
Grâce à eux, je me suis sentie cette fois-ci vraiment acceptée par la communauté.
Car avant de passer à la TFM, j’étais toujours la Toubab. Grâce à la télé, je suis devenu Chiara ou Mame Diarra.

Mon intégration à la TFM

Difficile ou pas?

La télé, en général, le milieu audiovisuel dans le monde est un monde compétitif. Les gens aiment paraître et sont prêts à faire d’énormes sacrifices pour arriver à leurs fins.
dire qu’elle est très chanceuse en tant qu’étrangère,  d’avoir pu intégrer un milieu aussi fermé.
Personnellement, elle n’a pas rencontré des problèmes majeurs.

Comme partout ailleurs, en entreprise, il y a toujours des soucis d’adaptation qu’elle a appris à gérer.

Bien entendu , elle a développé une certaine humilité parce que quand on vient dans un pays il faut d’abord essayer de connaitre ses habitants avant d’émettre un jugement.

Le racisme existerait-il dans l’autre sens aussi?

Le regard un peu triste, mais la mine résolue, elle respire un coup puis se lance. Un fait l’a beaucoup marqué tout de même. Il s’agit bien de propos qu’elle a reçu et qui sont nettement liés à sa race. Des crachats en pleine figure, des jets de pierre, oui elle en a reçu.

On lui a dit : on ne veut pas de blanc ici. Rentre chez toi.
C’était des épisodes difficiles comme pour toutes les personnes qui subissent ce genre de discrimination à travers le monde.
Il faut juste apprendre aussi difficilement que cela puisse paraître, à les surmonter, les métaboliser et les contextualiser pour ne pas tomber dans le piège du racisme.
Toutefois, faute est de constater qu’il faut l’accepter car c’est un fait universel.
Mais le revers de la médaille peut aussi être agréable, car  le plan international, les sénégalais sont contents de la rencontrer. Elle aime prendre des selfies avec eux.  C’est agréable.

Ses rubriques à la TFM

Elle anime la rubrique “parmi, nous” et tient toujours à fournir un travail de recherche derrière ses productions. Pour elle, la qualité indispensable dans ses présentations.
« Parmi nous » a pour objectif de présenter la question migratoire à 360° avec les différentes communautés étrangères vivant au Sénégal. Beaucoup ne le savent pas, mais il y’a plus de quatre-vingt (80) différentes communautés étrangères qui vivent au Sénégal.

Les communautés guinéennes, ivoiriennes coexistent avec les communautés les plus inattendues comme les russes, les mongoles et les roumains.
En plus du traitement de l’information liée aux migrations, la rubrique analyse les aspects culturels du pays en présentant.  Par exemple on parle de l’origine du sabar, des conférences intellectuelles sur le sabar ainsi que les différents aspects culturels liés aux castes.
On a aussi eu à traiter des sujets sur les étrangers qui enseignent l’écriture et la prise de parole en langue wolof.

Ton Rêve pour le Sénégal

Sa mission pour le Sénégal, faire ressortir le meilleur des jeunes qu’elle a eu a accompagner.

 

Un dernier mot?

 

Hier, Madame Senghor a choisi le Sénégal pour sa dernière demeure.  Un geste très fort.

Je n’irai pas jusqu’à parler de mort, car ce n’est pas très joli.

Mais mon lien avec ce pays est tellement fort que j’aimerai en quelque sorte être liée à cette terre de manière aussi forte qu’elle.

A ce moment là, je saurai que tous les sénégalais se réfèrent à moi pas comme Chiara l’italienne, mais comme une vraie sénégalaise.

 

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