Dior Fall Sow, #Dafadoy sur la violence faite aux femmes et aux enfants

Dior Fall Sow

Notre rencontre
Quand cette petite dame au regard intelligent et au sourire franc, m’a ouvert la porte de sa demeure, je n’avais encore aucune idée de qui elle était réellement.
Tout est parti du viol, suivi de l’assassinat de la petite Bineta Camara.
Comme les milliers de sénégalais, en majorité des femmes, j’ai moi aussi eu ma dose de ras-le-bol, et j’ai écrit un article sur cette situation de violence faite aux femmes et aux enfants au Sénégal.
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Les violences basées sur le genre, une situation qui a toujours existé et qui est acceptée par la société sénégalaise comme une fatalité normale. Pour ne pas couvrir la famille de honte, la femme, la jeune fille, le jeune garçon doivent taire, sceller le secret au fin fond de leur jardin secret. Pour les bébés de moins de 3 ans, leurs mamans ou parents proches se murent en général dans un mutisme profond afin de protéger la victime d’un avenir peu élogieux.
Pendant ce temps, la victime continue sa vie, avec, à ses côtés, une ombre bien génante comme compagnon de vie.
Suite à cet article donc, j’ai alors été immédiatement contacté par une amie dans un groupe de femmes de la société civile. Elles sont toutes leaders du digital au Sénégal.
De fil en aiguille, et comme tous les participant tous volontaires, ONUFEM, OSSIWA, Institut Panos, le Collectif des Femmes du Parlement, les OSC, les influenceuses du digital, ont toutes spontanément rejoint le mouvement Dafadoy pour le grand sit-in de haut-le-cœur sur les VBG ou VFF que vous avez certainement suivi à travers le réseau digital dede didi.
Ensuite, les choses sont allées très vites. Plus de 1 500 personnes ont assisté au sit-in, sur le digital, rien que sur la page violence faite aux femmes, 450 726 lecteurs ont interagis avec les posts de la campagne avant, pendant et après le sit-in.
Tous les médias nationaux et internationaux ont relayés l’évènement : Reuters, France 24, TV5, Le Monde, l’Agence Presse Espagnole, BBC, Radio Chine, RFI, RTS, TFM, 2STV, SENTV…
L’euphorie du moment passé, le travail a repris. J’ai été désignée par le Collectif Dafadoy, comme la Présidente Chargée de la Commission Plaidoyer contre la violence faite aux femmes et aux enfants. Dans le cadre de mes nouvelles fonctions, je me devais de rencontrer les pionnières du combat pour l’émancipation de la femme.
Le nom de Madame Dior Fall Sow a été cité plusieurs fois lors des échanges que nous avons eu durant les réunions préparatoires. Un rendez-vous fut pris.
Le jour de l’entrevue arriva donc. C’est seulement au tintement de la sonnerie que j’ai eu un petit trac. Je venais de réaliser que je devais rencontrer une grande personnalité de l’histoire de la magistrature du Sénégal.
Mon hôte, du haut de ses un mètres soixante à peu près, m’ouvrit la porte de sa demeure avec un accueil chaleureux et la referma derrière moi, dans un beau jardin de plantes vertes bien entretenues.
Contre toute attente, peut-être était-ce une manière de lutter contre le trac du moment, j’ai posé ma première question. La première chose qui me vint à l’esprit était : « seriez-vous de Saint Louis par hasard, Madame? »
Aussi surprise que moi – même de la spontanéité inattendue de ma question, elle leva les yeux vers moi, avec ce petit sourire mi-amusé, mi-curieux et toujours très poli.
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Pas tout à fait, mais Saint – Louis et moi, c’est une longue histoire. Car c’est le lieu de ma première affectation durant ma carrière de juriste.
Puis, elle nous invita à la rejoindre à l’intérieur de son domicile. Un décor rustique, soigné avec des meubles sculptés en bois naturel donnait à con espace intérieur un style atypique. La table et tout le décor en bois sculpté étaient impeccablement cirés. J’estime leur âge à une trentaine d’années au moins. Le spectacle que j’avais sous les yeux était une œuvre d’art Sénégalaise mise en valeur par le jeu de lumière que laissait paraître les espaces ouverts par l’architecte de la maison. Chaque mchose était à sa place, surveillée par les plantes d’intérieur et un perroquet dont les causeries donnaient un air de havre de paix à cet intérieur immaculé.
J’étais chez Madame Dior Fall Sow, première femme procureur de la république du Sénégal.
L’une des premières femmes magistrats qui dans sa voie, a suivi les pas de mesdames Suzanne Diop, Andrezia Vaz, Mame Madior Boye et Maïmouna Kane.
Des noms qui évoquent le rôle de la femme dans l’histoire du Sénégal.
Dior Fall Sow et la magistrature.
Elle a embrassé le métier de juriste sous l’influence de Feu Monsieur le juge Kéba Mbaye, un ami très proche de la famille. Il était issu de l’Ecole Normale William Ponty. A l’époque, les garçons allaient à William Ponty et les filles allaient.
Elle abhorre l’injustice. Pour mériter sa place dans ce monde dominé par la gente masculine à l’époque, elle a dû faire ses preuves. Elle estime que toutes les femmes qui sont dans la magistrature y ont leur place.
Pour preuve, lorsqu’elle a été affectée à Saint louis, l’administration a considéré son statut de femme et a voulu lui octroyer la faveur de rester à Dakar. Mais elle a catégoriquement refusé d’adresser une requête à la hiérarchie pour modifier son affectation sur Saint-Louis.
C’est ainsi donc qu’elle a rejoint la Ville de Saint Louis en tant que juge d’instruction.
Respectée par tous ses pairs, elle a entretenu d’excellentes relations avec ses collègues hommes jusqu’à sa nomination en tant que procureur de la république.
Son engagement pour l’émancipation des femmes.
Quand je lui ai posé la question sur ses motivations autour de la question sur la défense et l’amélioration des droits de la femme, son regard vif et intelligent est soudainement devenu nostalgique.
Très à l’aise sur sa chaise en bois naturel, elle m’a dit : mon militantisme pour les causes de la femme a été quelque chose de très naturel.
Fille de Oulimata Bâ nièce de tata Caroline Diop, tata Annette Mbaye d’Erneville, Tata Siga Diop du Mali et de tata Jeanne Martin Cissé, première femme africaine au monde à avoir présidé le conseil de sécurité des nations unies, je suis née et j’ai grandi dans un environnement propice au développement du militantisme. Ces grandes dames, dont Mariama Bâ, étaient toutes issues de jeune fille de l’école de jeune fille Germaine Legoff de Rufisque. Au Sénégal, on peut dire que ce groupe de femmes intellectuelles et engagées, a ouvert la voie à la promotion et à l’émancipation de la femme au Sénégal.
De base, le combat était difficile, car l’’environnement socio-économique et socio culturel ne s’y prêtait pas du tout. La mentalité n’avait pas évolué. L’arsenal juridique n’était pas propice à ces activités qui aspiraient à contribuer au changement de comportement et du dispositif de protection des femmes.
Avec nous, ma génération avait repris le flambeau. Notre participation commence avec l’Association des Femmes Juriste du Sénégal.
Au début, nous étions une petite amicale créée par 4 femmes dont Mame Madior Boye, Madeleine de Vaz, Maimouna Kane et Tamaro Touré. L’amicale est devenue une association nommée AJS en 1974. C’est à ce moment de la création que j’ai rejoint en tant que membre fondateur.
Depuis les années 70, ces braves dames ont abattu un travail juridique et social important qui a beaucoup impacté dans la vie des femmes en situation vulnérable.
Les réalisations qui m’ont le plus marqué dans cette lutte collective sont : la convention internationale CDEF, les droits de la femme, les droits de l’enfant, la présence des femmes en fonction dans le corps de la gendarmerie et de la police.
Sur la criminalisation du viol et de la pédophilie
Il y’a des années de cela, au nom du Ministère de la Femme, l’UNICEF et UNIFEM, j’ai fait une étude comparative de la législation nationale, qui relève la discrimination contre les femmes dans les textes juridiques.
Si aujourd’hui, le débat sur la criminalisation du viol et de la pédophilie sont portés à ce niveau d’intérêt national, je ne peux qu’être fière d’une telle évolution.
C’est plus qu’excellent que le Sénégal envisage de criminaliser le viol et la pédophilie qui ne sont jusqu’à aujourd’hui considérés comme des délits. Toutefois, il ne faudrait pas que votre sit-in soit le combat d’un seul jour, car les viols, la pédophilie et autres formes de violences faites aux femmes sont des faits extrêmement graves. Un viol pour un adulte est un attentat odieux à l’intégrité de la personne adulte. Pour un enfant, c’est pire, car il est marqué au fer rouge et à vie. Il faut que les violences soient dénoncées. Il faut que les victimes portent plainte. La société ne doit plus être complaisante ni muette face à ces situations atroces.
Pour des cas de viol d’enfant de la part de leurs maîtres ou enseignants, de par mon expérience, je peux affirmer que ce sont des cas qui arrivent à des fréquences incroyables. Dès lors, il est important qu’on revisite notre législation sur les attentats à la pudeur.
Un autre cas de viol tu par les tabous sociétaux, est celui de l’inceste qui existe et perdure au Sénégal. Il faut le définir et voir comment le réprimer parce que cela ne se justifie par. Parce que comme je le dis souvent on ne peut pas développer un pays tant que les femmes ne sont pas partie prenante. Et elles ne seront jamais partie prenante si elles subissent ces viols et ses violences qui leur enlèvent toute capacité et toute identité à pourvoir un jour peser sur l’échiquier du développement de leur pays Je ne cesserai de le dire, il faut que tout le monde s’y mette, ce n’est pas une affaire de femmes seulement. C’est une affaire de société et de toute une population qui doit s’investir pour cela.
Sur la prise en charge de femmes et enfants victimes
Je pense sincèrement qu’on ne se rend pas compte de tous les dommages qui découlent de ces violences faites aux femmes et ce qui concerne la prise en charge et l’accueil.
La formation des autorités est un volet extrêmement important qui n’a pas été développé et uniformisée sur le plan national.
En cas de viol ou violence, on préoccupe beaucoup plus du violeur que de la victime. On se focalise sur le problème de l’efficacité des peines.
Moi, je me suis toujours dit quid des victimes!
Les traumatismes sur elles sont irréparables. Les femmes, filles ou garçons ont souvent peur de parler parce que l’accueil ne s’y prête pas. J’ai toujours dit : la victime qui va à la police subit en quelques sortes le film de son viol. Parce que la façon de l’interroger et de lui faire revivre les instants dramatiques qu’elle a vécu, c’est comme si son interlocuteur était en train de lui faire subir un deuxième viol.
Ensuite, le plus souvent, il se pose le problème de problème de la preuve. En général, la victime dire qu’elle raconte beaucoup d’histoires, parce que la femme violée ne pense pas à sauvegarder les éléments de preuve. Tout ceci est lié à un problème de communication de sensibilisation et de vulgarisation. Le plus souvent aussi il se pose un problème de moyens parce que le certificat médical coûte cher.
Le troisième problème, c’est l’équipe qui doit prendre en charge la victime. En général, c’est une équipe pluridisciplinaire. Magistrat, policier assistante sociale, médecin, sage-femme, infirmière avocats et parent qui ont tous besoin d’une formation incontournable. Quatrièmement, nous n’avons pas de structures d’accueil pour la victime. La seule que je connaisse est la maison rose de Mona Chassero.
Les problèmes sont nombreux et complexes. Aujourd’hui, je ne veux même plus que l’on parle du droit des femmes, parce que le droit des femmes, c’est des choses inhérente à la personne humaine.
On devrait, plutôt dire : les droits humains de la femme. Car de facto, on ne peut pas sortir la femme de cette humanité. Pourquoi nous nous essoufflons à dire qu’on a le droit de participer au développement, qu’on a droit à l’équité de l’emploi et qu’on crée des lois alors que ce sont des droits qui nous reviennent au même titre que les hommes, un point c’est tout.
Maintenant on a tellement couru à essayer de régler ces problèmes que maintenant on se perd. Alors que le Sénégal a ratifié des conventions qui ont été adoptées, pour moi, il y’a un problème quand on crée parallèlement le code de l’enfant par exemple. Cela sert à quoi alors que le Sénégal a ratifié la convention des droits de l’enfant, la charte africaine des droits de l’enfant africain.
Pourquoi créer un code alors qu’on a ratifié une convention « sans réserve » ?
Quand on ratifie sans réserve, on doit appliquer la loi, parce qu’on a intégré d’office dans la constitution qui est une loi fondamentale.
Sur l’article 98, il est écrit que les traités sont supra nationales.
Les magistrats pourraient même appliquer d’office les conventions qui sont rentrées dans notre ordonnancement judiciaire à savoir la convention des Nations Unies sur toutes formes de discrimination.
Actuellement en tant que citoyenne, je peux demander qu’on ma l’applique. Parce qu’elle est supra nationale.
Il y’a un seul cas pour lequel on ne peut pas appliquer les dispositions. C’est quand on y met : « l’état prendra toutes les mesures nécessaires pour la mise en place de ces dispositions ».
A ce moment-là, l’application n’est pas immédiate. Mais dans tous les articles où ce n’est pas mentionné, vous pouvez appliquer immédiatement la loi.
Le rôle du parlement
L’Assemblée Nationale a elle aussi son rôle à jouer dans cette bataille. Pour nous aider à accélérer le vote et l’application de cette loi, en tant que corps de contrôle elle autorise le Président de la République à ratifier la loi. Elle doit pourvoir contrôler l’état et lui dire, vous avez ratifié une convention, il faut l’appliquer.
Sur les Organisations de la Société Civile
Les OSC quant à elles ont trois rôles dans ce champ. Une fonction de veille, d’alerte et de pression. Malheureusement, elle a tendance à utiliser que les deux premières fonctions : la veille et l’alerte uniquement.
Moi je pense qu’il faut avoir le courage de s’adresser aux autorités et de leur dire de manière pacifique que les conventions en faveur des femmes et des enfants doivent être ratifiées et le suivi doit être assuré.
Il faut une cohésion, une synergie d’action entre tous les organismes de protection des femmes et des enfants.
Quant à moi, je reste la même, je suis observatrice, mais je reste combative. Si j’ai quelque chose à dire, je le dis.
Dede didi
Présidente de la Commission Plaidoyer
Violence Faite aux femmes et aux filles
#dafadoy #Lesblogsdedededidi#violencefaitesaufemmessenegal

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