Être femme, pilote dans l’armée, c’est possible au Sénégal

Mame Rokhya Lô première femme pilote Sénégal

A la rencontre de Capitaine Mame Rokhaya Lô, la première femme pilote du Sénégal

Elle est grande, naturelle,  calme, jolie, le regard perçant, mais d’un discours agréable.

Elle parle de manière précise, concise et claire. Ses argumentations sont limpides et structurées. Certainement, sa formation scientifique a dû formater sa manière de réfléchir. Spécialisée en gestion, elle a été recrutée par la gendarmerie en tant que sur-titre en gestion. A l’issue de l’immersion de sa promotion, elle a été mutée comme adjoint compagen du fisc.

Pourquoi avoir tenté l’aventure du métier de l’air?

Suite au projet de la gendarmerie nationale d’ouvrir une section aérienne dans le but de renforcer les unités qui sont au sol, j’ai postulé en tant que volontaire pour suivre la formation qui devait me permettre de devenir une femme pilote de l’armée.

La section existe depuis maintenant 5 ans. Elle a effectivement vu le jour en 2015.

Pour la formation, on était six postulants, dont quatre hommes et deux femmes, moi y compris. L’un d’entre eux est actuellement le chef de la section.

Je voulais fortement contribuer à la réalisation du projet. C’est comme ça que j’ai changé de spécialité. 

A la base il fallait une année de formation au cours de laquelle il fallait faire des cours au sol, des cours en aéronautique. Ensuite nous sommes passés par des examens écrits niveau international.

 A l’issu de cela, on a fait nos examens en vols de reconnaissance comme ça se fait dans le milieu de l’aéronautique

C’est après tout ce parcours que je suis devenue pilote.

Des ambitions pour exercer le métier à l’étranger?

J’avoue que nous avons fait tout ce qui se rapporte à cette formation ici au Sénégal car il y a déjà tout sur place.

En effet, on a des simulateurs situés au niveau de la base militaire de l’armée de l’air à Thiès.

Au début, dans le cadre de leur formation, nos pilotes de l’armée étaient envoyés en France.

 Mais ce n’est plus le cas de nos jours.

Par exemple en ce qui concerne le Golfe, tout le monde envoie ses pilotes aux émirats.

C’est parce ce sont les seuls qui faisaient la simulation.

Désormais, ici au Sénégal, l’armée de l’air forme nos pilotes dans d’excellentes conditions.

Nous maîtrisons parfaitement les situations de non risque d’accident.

Difficile d’être du genre féminin dans l’armée sénégalaise?

Gendarmerie Nationale Sénégalaise Mame Rokhaya Lô , première femme pilote

Mon intégration, en tant que femme s’est passée sans difficulté majeure.

Bien entendu, de façon générale, nous faisons toutes nos formations avec les hommes.

Il n’existe pas dans notre domaine une formation qui se fait uniquement pour les hommes ou les femmes à part entière. Tout est lié et tout se fait ensemble et en étroite collaboration.

De ce fait, on a l’habitude de côtoyer les hommes et de vivre avec eux dans un même milieu avec les mêmes réalités sur le terrain.

Ensemble, hommes et femmes, sans aucune différence, nous surmontons les mêmes difficultés.

On s’habitue alors facilement. Pour le reste, il faut simplement qu’on ait le mérite d’être là comme tout le monde.

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Femme gendarme et vie sociale?

En tant que femme gendarme,  une fois à la maison, il faut se remettre dans la peau d’une femme.

Je dois être présente pour mon mari mes enfants.

C’est vrai que parfois c’est plus facile pour des gens comme moi d’avoir un mari gendarme même si cela ne gâche absolument rien d’avoir un mari civil comme certaines de mes collègues promotionnaires.

En ce qui concerne les exigences traditionnelles non plus, je ne ressens aucun blocage.

Peut-être s’il y en a un, c’est seulement lié au fait que, une fois à la maison il faut impérativement remettre la peau d’une mère de famille, d’une femme qui soit là pour son mari, ses enfants. Et dès qu’on réussit de faire le cumul des deux, c’est déjà pas mal. Il faut noter que lors des deux années de la formation militaire, à travers des mises en situation qui simulent de très grandes difficultés, on nous inculque un mental fort.

Existe-t-il une différence du genre, en terme de promotion dans le métier?

Cette formation militaire (deux ans pour les officiers et 1 an pour les sous-officiers), nous permet par conséquent d’avoir plusieurs casquettes. En ce moment par exemple, je suis mutée comme le chef de la division du genre au niveau de la gendarmerie. Conjointement, chaque mois, je dois effectuer mes heures de vols pour garder ma spécialité et surtout ma licence de pilote.

Quel avenir pour les femmes qui veulent devenir pilote au sein de l’armée ?

J’avoue que cette division a bel et bien une ambition pour former des femmes pilotes.

La division du genre va étudier toutes les situations que vivent les femmes dans la gendarmerie.

Ce ne sont pas seulement les femmes pilotes ou mécaniciennes qui sont visées mais l’objectif est de chercher à voir comment les mettre à l’aise dans la gendarmerie tout en gardant un côté de sa féminité.

En remplissant les missions qu’on leur donne, les femmes de la gendarmerie doivent être confortables dans leurs rôles tout en respectant les directives du commandant.

Donc cette division genre doit permettre à toutes les femmes gendarmes de faire leur travail.

Elle favorise aussi la collaboration avec les hommes. 

Surtout nous œuvrons pour que le genre féminin ne se sente pas étranger au sein de la gendarmerie.

Est-ce que vous collaborez avec d’autres organismes pour mesurer l’impact des actes de la section du genre au niveau de la gendarmerie ?  

Effectivement, on travaille avec les Nations-Unies pour toutes les questions liées au genre.

On travaille également avec nos collègues policiers ainsi qu’avec toutes les femmes des forces de l’ordre à travers le pays.

Un dernier mot ?

Mon dernier mot sur le plan national consiste à lancer un appel aux femmes de tenue et particulièrement aux femmes gendarmes.

Je les exhorte  à croire en elles et à donner le meilleur d’elles pour  s’acquitter au plus convenablement de  leurs missions.

Pour donner mon exemple, à l’origine, j’étais comptable de formation.

J’ai évolué à l’aise dans un environnement dominé par les hommes.

Respectée de tous, j’ai appris à allier ma vie de femme, d’épouse et de cadre de l’armée  à la fois, sans avoir ressenti une difficulté d’intégration.

dede didi

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