La grande distribution Sénégal et notre culture

Un courriel
Hi dear.

Je suis extrêmement touchée que tu me lises.
C’est pourquoi, j’ai tenu à écrire ce blog en éclaircissement sur mon billet du 13 mai 2019 parlant de l’ouverture de Carrefour au Sénégal.
Le blog: culture et grande distribution
En général, j’écris de manière spontanée, au gré de mon feeling.
Sans ambages, hier, j’ai raconté mon ressenti du moment.
J’aime relayer les plus belles choses de la vie autour de ma ville de Dakar
Il fut un moment de ma vie où je ne dormais jamais plus d’une nuit dans une nouvelle ville.
En ce temps là, je ne connaissait pas les teranga et  les paniers de ndogou. Il faut savoir que, contrairement à la majorité des sénégalaises, je ne suis pas née dans la moule de cette société du “Ndiack nangoul”. C’est un terme que les griotte utilisent lorsqu’elles remettent des cadeaux, durant les cérémonies familiales. Jeunes filles, prenez-en de la graine, car les mentalités sont toujours bien ancrées.
Et pour preuve, les grandes enseignes de distributions françaises, Allemandes, hollandaises, autrichiennes et chinoises l’ont tellement bien compris, qu’il multiplient les billets CFA sur la base d’un business adapté à nos us et coutumes. Qui est fou ?
Exemple: Wax hollandais, la broderie d’autriche, le getzner allemand ou autrichien pour les teral (cadeaux de mariage aux belles familles), ou les perruques communément appelées seveux natrièlles (cheveux naturels) dont raffolent les jeunes filles.
Pour la petite histoire, chaque année, j’amenais des sacs remplis de produits carrefour Paris pour les cadeaux de ramadan.
Cela coûtait au grand minimum 80 euros le sac.
Avant d’acheter, je faisais le tour de carrefour La Défense  ou Belle Epine au moins 5 fois pour choisir les meilleurs produits en promo. Eux aussi font des promo ramadan.
Alors, un jour, une amie m’a demandé de changer de stratégie.
Elle m’a parlé du panier ndogou qui aurait plus de valeur aux yeux du senegalais qu’un sac de rempli de produits de Carrefour, provenant de la France et présenté dans un grand sachet sur lequel on a dessiné des images qui ne représentent rien à leurs yeux.
Elle m’a dit: « Teranga beutt ». Au Sénégal, on ne reconnais un cadeau qu’à la valeur qu’il représente sur le marché.
Par exemple les tissus ont chacun un prix fixe connu de tous. Va offrir de l’or ou du diamant à quelqu’un, me dit-elle. Elle ira direct chez le bijoutier pour l’échanger contre de l’argent. J’ai trop ri sur ce coup :). ensuite,  elle m’a dit: ici, tu ne peux avoir de la valeur que sur la base du coût de ton cadeau. Tout à un prix. Il faut que le prix de ton cadeau puisse être connu de tous.
Vu le rapport qualité prix de ce que je donnais, je ne l’ai jamais prise au sérieux.
Jusqu’au jour où j’en subis les frais….
Depuis, j’ai compris que pour nous, le cadeau  n’avait pas de valeur de qualité ni de valeur humaine,  mais plutôt des valeurs liées aux us et au sens du devoir.
Avant, les dépenses sur le panier Ndogou le moins cher coûtait 30000fcfa au minimum.
En changeant de stratégie, et en dépensant moins, vous ne vous imaginez pas le bonheur que j’étais entrain d’introduire dans le coeur des gens qui le recevaient.
Reçevoir son panier ndogou. Reçevoir « Sa Téranga » ahhh simmm!
Trouver un panier Ndogou
Pour trouver ce panier, il fallait téléphoner à toutes ses connaissances pour avoir la bonne adresse.
Il fallait se multiplier pas 10 pour dégoter et le panier et les produits et les emballages et les rubans. Le grand hic, c’est que le tout était vendu à des endroits différents.
La gymnastique!
Coût carburant ou taxi ou transport en commun.
De plus,  Il fallait organiser la logistique : aller chercher, revenir à la maison, emballer, aller déposer et revenir à la maison.
Une idée de business
Ensuite, des femmes, certainement très fatiguées par ce poids social, ont commencé à développer le business des panier ramadan.
Je dis fatiguée parce que qu’elles ne sont pas supposées donner à une seule personne. Et sur 95% des cas, elles n’ont aucun soutien financier externe.
Pour les novices, (jeunes filles, mariage mixe, nouvelles mariées, nouvel emploi etc.),  la téranga doit s’étendre à la famille élargie.
Prévoyez un bidget de 100.000 fca au minimum et 400.000 au maximum entre les paniers et les soukeurou kor.  Le soukeurou kor, literallement le sucre du ramadan, est soit un paquet de sucre, soit de l’argent que l’on remet symboliquement à nos proches pour leur montrer qu’on pense à eux pendant le ramadan.
Mais ce soukeurou kor est devenu une obligation. Combien de jeunes salariés  ne décrochent plus leur téléphones à l’approche du ramdan jusqu’après la Korité? Si vous me lisez, dites simplement moi😂
À l’approche de la korité, bancarisé ou pas, tout le monde a l’obligation de contribuer aux courses pour que la famille élargie puisse jouir des denrées de première nécessité afin de passer une belle fête.
Plus tard, je reviendrai en détails sur les dépenses liées à la Korité.
Pour en revenir au soukeurou kor du ramadan, d’abord City Dia a débarqué à Dakar avec ses paniers vendus à partir de 14950fcfa.
Puis Auchan a pénétré le marché des paniers et à achevé la micro économie que les femmes au foyer entrepreneures avaient créé autour des paniers.
Mais à part ces bonnes dames qui vivotaient avec leur micro projets, qui d’autre s’en rend compte? L’INSEE n’existe pas au sénégal🙊aucune statistique n’a suivi, ni chiffré, ni mesuré l’évolution de ce petit business. Personne n’a cherché à juger son impact sur le plan local, dans l’objectif de favoriser de vraies ressources pour le genre féminin. L’association des distributeurs n’a pas su profiter de cette opportunité présente sur le marché depuis belle lurette. Il leur était facile de s’organiser. On ne réinvente pas la roue. Il suffisait juste de copier-coller un modèle de distribution, d’apprendre les bonnes pratiques, et favoriser le développement de l’entrepreneuriat sur les paniers.
Alors quelqu’un d’autre, doté d’un esprit des affaires international, a adapté notre culture à son modèle économique, et a développé le business à notre place. Je cite Auchan.
Il a tiré son épingle du jeu et achvé le business local des femmes entrepreneures. Pour la concurrence Leader Price a tenté de vivoter dans cet arène de la grande distribution, mais n’a pas tenu. Auchan lui, est allé connaître le besoin du panier de la ménagère, et a crée une offre adaptée.
La sénégalaise pouvait enfin avoir mon panier à 9990 fcfa🙊. Pour la mènagère, nayy yombeu rekk! Khaliss kenn dou ko forr. Les Maheu peuvent vous en dire quelque chose.
Aujourd’hui, c’est carrefour qui entre dans la danse avec 1000fcfa de moins sur ce panier de base.
Une remarque tout bête, depuis  cet éclosion des grandes marques de la distribution au Sénégal, le prix de l’oignon s’est stabilisé durant les fêtes de la korité, la tabaski, à noël, et même pendant les fëtes de nos grandes villes religieuses (Touba, Tivaouane, Médina Gounass…).
Alors qu’avant, si notre mémoire collective est bonne, on se souvient comme les familles galèraient sur les prix de l’oignon et de l’huile en veille de fêtes.
Pour la viande mome, ces dix dernières années, le tarif n’a cessé de grimper à une vitesse vertigineuse. Et personne de dit rien. Association des consommateurs? Silence radio.
Pour en revenir aux denrées alimentaires de base, la seule grande union locale des distributeurs de produits alimentaires au niveau du Sénégal, a voulu rester dans l’informel.
Ce problème sur la hausse du coût des denrée de première nécessité dure depuis plusieurs dizaines d’années. E
nfant, on nous disait, c’est la loi de l’offre et de la demande. Plus la demande et forte, plus l’offre est élevé.
Mais lorsque’on parcoure le monde, et qu’on découvre qu’ailleurs, les consommateurs font les meilleures affaires durant les période de forte demande, là on regarde derrière soi et on se dit : “il y’a quelque chose qui cloche au pays.”
Pour justifier la hausse, l’union clamait la accusait les organes de régulation de bloquer leurs marchandises et de taxer au prix fort les droits et obligations. La hausse du carburant aidant, ils ne pouvaient faire autrement que de vendre eux aussi au prix fort pour récuperer leurs investissements.
Ils ont soufferts, mais les consommateurs ont le plus souffert, fête après fête.
Aujourd’hui, depuis presque 4 ans, les prix se sont plus ou moins stabilisés. Du moins, prendant les fêtes peut avoir le kg de l’oignon à 200fcfa. Du jamais vu! Pour cette année, pas plus tard qu’hier, il était à 350fcfa. Attendons de voir s’il y aura flambée ou pas d’ici la korité.
Alors aujourd’hui, je ne parle pas de Carrefour d’un point de vu du revendeur sénégalais, ni du point de vue de Carrefour lui même.
Aujourd’hui, j’ai écrit sur de Carrefour en tant que consommatrice, expérimentée en matière d’achat au niveau des GD😂. Cela fait peut être rire, mais je n’achète jamais sans avoir comparé les prix et la qualité d’un produit. Pour deux produits moins en promo, je prend toujours celui en qui j’ai le plus confiance.
C’était juste pour te faire comprendre que je suis consciente du dommage collatéral de l’éclosion des grandes marques de distribution française au Sénégal. Mais aussi, de manière raisonnable, je n’acheterai que là où ma maigre bourse pourra me le permettre.

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